Toute sa vie, Alain Delon a enchaîné les relations passionnelles mais souvent destructrices, empreintes de violences conjugales. Selon ses dernières révélations à «Envoyé spécial» ce jeudi, Hiromi Rollin aurait elle aussi subi les frappes de l’acteur. À l’image de ses autres femmes.
Huit côtes cassées et un nez fracturé par deux fois. En 2013, Alain-Fabien Delon se souvient, dans les colonnes de Vanity Fair Italia , du visage tuméfié de sa mère, Rosalie van Breemen, lorsqu’il était enfant et vivait encore à Douchy, dans le Loiret. Là, au cœur de la campagne, caché derrière de grandes grilles, la peur régnait en maître, raconte-t-il alors. Là, la colère d’Alain Delon s’abattait comme des coups de fouets sur celle qui partageait alors sa vie. Alain-Fabien avait pris l’habitude d’attendre que l’orage passe.
«Huit côtes cassées et un nez fracturé par deux fois. Méritait-elle tout cela ?», s’interrogeait-il pour le journal italien. Des propos chocs qui avaient fait ensuite réagir Alain Delon dans Le Parisien : «Je suis horrifié et dévasté de tristesse, comme la sœur et la mère d’Alain-Fabien», confiait-il quelques jours plus tard au quotidien. «Ce sont des insanités.
Mon fils est complètement paumé et ne donne des interviews à sensation que pour l’argent.» Mais Rosalie van Breemen, elle, n’a jamais pris la parole à ce sujet, laissant planer une grande part d’ombre sur le comportement de son compagnon. D’autant que ces souvenirs de violence, Alain-Fabien n’est pas le seul à les évoquer. D’autres personnes de son entourage ont dépeint un tableau peu reluisant du monstre sacré, notamment avec les femmes.
«Un homme coléreux et violent»
Alain Delon, qui s’est éteint le 18 août à l’âge de 88 ans, aurait en effet été violent avec son ancienne dame de compagnie, Hiromi Rollin. Dans une interview accordée en exclusivité à «Envoyé Spécial» sur France 2 et diffusée ce jeudi 12 septembre, elle sort de son silence et revient sur ses années passées avec l’acteur. «Alain aimait bien avoir une femme à la maison.
C’est une génération ancienne.» «Un peu macho ?», l’interroge Élise Lucet. «Oui, un peu macho.» Après quoi, la journaliste souligne à Hiromi Rollin que sa relation avec la légende du cinéma français était loin d’être «un long fleuve tranquille», celle qui fut assistante réalisatrice répond : «Plutôt la mer agitée avec des tempêtes tout le temps». «C’était un homme coléreux et violent. (…) Il voulait tout ou rien», glisse Hiromi Rollin, qui affirme avoir dû abandonner «sa carrière, ses rêves, ses loisirs et ses amis» pour Alain Delon. «J’ai même été obligée d’abandonner ma famille car il ne supportait pas que j’aille au Japon.
Il m’a fait rater la mort de ma sœur, celle de mes parents. Il me faisait du chantage. Il me disait : “Il n’y a pas de problème si tu vas au Japon. Mais si tu y vas, ce n’est pas la peine de revenir à Douchy.” J’ai osé aller au Japon deux fois pour mon père. Il m’a virée deux fois au retour du Japon.»
Pour rappel, la Japonaise a été évincée de Douchy en juillet 2023, accusée par les enfants de l’acteur – Anthony, Alain-Fabien et Anouchka – de maltraitance sur personne vulnérable. On lui reproche des faits de «harcèlement moral», «abus de faiblesse», «séquestration» et «violences sur un animal». Pourtant, selon les investigations des gendarmes rendues publiques dans les colonnes du Parisien le 23 janvier dernier, la réalité serait plus complexe.
Interrogé sur sa relation avec son ancienne employée, Alain Delon, victime d’un AVC en 2019, avait expliqué à la police qu’une certaine forme d’amour existait entre eux. À la question : «Avez-vous déjà été frappé par Hiromi Rollin», il répondait : «Oui. En réponse à mes frappes, physiques. Quand elle m’énervait», avant de mimer le geste, celui d’une gifle. Une lettre de dix pages, datée de 2010, écrite par la salariée à l’une de ses amies et ajoutée à son dossier judiciaire, fait acte de la violence de la star envers elle, à de nombreuses reprises.
Le voyou magnifique

Du plus loin que l’on s’en souvienne, Alain Delon a toujours eu un comportement anormal avec celles qui ont parcouru sa vie – du plus loin que l’on se souvienne, il passe surtout pour un parangon du séducteur à la française, une icône de virilité et de romantisme. Ses histoires avec Romy Schneider et Mireille Darc ont fait rêver, le côté «sombre» restant dans l’ombre. Entre les années 1950-60, alors à l’apogée de sa gloire en tant que comédien, l’époque était au patriarcat assumé et à la misogynie.
«Alain Delon a souvent dit qu’il aurait pu mal tourner et que s’il n’avait pas rencontré quelques femmes merveilleuses et généreuses, il aurait peut-être pris les chemins de traverses de l’illégalisme», expliquait en 2019 l’écrivain et cinéaste Bernard-Henri Lévy dans le documentaire Arte, Alain Delon, l’ombre au tableau. Ainsi, peut-on voir dans cette affirmation la condition même des femmes d’Alain Delon, des cariatides magnifiques au service de son génie.
Un an plus tôt, soit en 2018, à la question posée par Catherine Ceylac dans l’émission «Thé ou Café» sur France 2, «Vous êtes-vous mal comporté avec elles, vos femmes, avez-vous eu des comportements machistes ?», l’intéressé répondait franchement : «Une gifle, c’est machiste ? Oui alors, j’ai dû être machiste».
«On s’est aimés entre le rire et la fureur», a dit un jour à Libération Natalie Delon, seule épouse de l’acteur et mère de son fils aîné Anthony, laissant entrevoir le climat menaçant qui régnait dans leur couple qui a été uni cinq ans, de 1964 à 1969. Dans un portrait croisé en 1965, filmé par la caméra d’Alain Cavalier, elle racontait leur premier regard : «Ça a été une rencontre violente entre nous deux. Il était très grossier.
En fait, il était assis sur mon sac alors je lui ai demandé si ça ne le dérangeait pas de se lever un tout petit peu pour que je puisse prendre mes affaires. “Bah, prenez-le votre sac, j’en ai rien à foutre”, m’a-t-il dit», confiait-elle. À ce titre, une autre femme, Brigitte Bardot, avait-elle soufflé ces mots à BFMTV : «C’est un homme qui porte en lui le meilleur comme le pire».